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Reprendre le temps… de lire

En 2012, une femme énergique et pleine de vie était venue nous parler à l’école d’infirmière de son parcours pour le moins atypique d’ancienne toxicomane désormais maman et actrice. Je me rappelle être interpellée par son discours à l’époque, sans en saisir vraiment toute son importance pour ma future carrière de soignante. J’avais acheté son livre, plus par curiosité que par réel intérêt, et avais rangé celui-ci parmi les autres épaves qui jaunissent depuis dans ma bibliothèque.

Au titre pourtant évocateur, je suis souvent passée devant en me disant qu’un jour je prendrais le temps de me plonger dans cette histoire peu anodine. Je l’ai avalé la semaine passée durant ma traversée de la Bretagne, et je regrette de ne pas l’avoir fait plus tôt.

« J’espère qu’il t’apporte des outils précieux dans la voie que tu as choisie. » Voilà ce que l’auteure a écrit à mon intention sur la 2e page. J’ai effectivement croisé la route de nombreux toxicomanes ces dernières années. J’en dénombre quelques-uns dans ma vie privée, mais surtout via mon job, que ce soit en milieu pénitencier, en psychiatrie et même dans les services de médecine plus classiques. Rien que cet été, sur les 6 festivals en Suisse, Belgique ou France auxquels j’ai participé, je l’ai vue passer devant moi plus d’une fois, la drogue. Elle est présente partout, plus ou moins discrètement, mais toujours avec un peu plus de banalisation, selon moi. Je fais partie de la catégorie naïfs/prudes, n’ayant même jamais fumé de clope de ma vie, ce que j’assume complètement et qui ne m’empêche pas de participer aux mêmes fêtes que des amis sous emprise. Là où le fait de ne pas connaitre les effets des substances illicites autres que l’alcool m’a été plus préjudiciable, c’est dans mon métier. J’ai très vite eu de la peine à garder mon attitude empathique avec des patients addicts car je ne comprenais pas ce qu’ils vivaient et ce qui les poussait à se mettre « volontairement » dans des états pareils. On a beau apprendre dans les livres, savoir le mécanisme des molécules et étudier des protocoles de sevrages, cela ne suffit pas à assurer une prise en charge aidante avec une personne toxicomane. J’ai donc suivi l’exemple de mes collègues et exercé mon rôle du mieux que j’ai pu, mais avec toujours cette frustration de ne pas pouvoir apporter davantage qu’un pansement qui se décolle à la première douche.

Ce genre de livre représente donc une bonne source de réponses à des questions qu’un soignant comme moi peut se poser. Samanta se livre de manière tantôt crue, tantôt très sensible mais toujours avec une simplicité qui peut être déconcertante. La romance n’y a pas sa place, puisqu’elle raconte son histoire de vie et on a parfois bien de la peine à imaginer que tous ces événements aient pu se passer en Belgique, dont certains dans des quartiers bien connus de Bruxelles. Le courage de cette femme est déroutant, à tel point qu’un bon film à rebondissement américain serait incapable d’imiter les nombreux retournements de situation de manière plausible et crédible.

J’ai donc retiré des « outils précieux » de ce bouquin étonnant, non seulement pour ma carrière d’infirmière si je la reprends un jour, mais également pour mon vécu personnel. J’ai été touchée de constater que seule une personne qui ne juge pas est capable de venir concrètement en aide à des patients souffrants de ce type de maux. Or notre société a bien souvent le jugement facile, voire très facile. Dans un monde où le droit à l’erreur ne semble plus être un concept universel, voir quelqu’un renaître de ses cendres et avoir la force de se reconstruire malgré une route parsemée d’embûches diverses force le respect. J’espère que le récit de Samanta permettra de découdre des idées reçues concernant la toxicomanie en général, surtout dans le milieu socio-médical.  Je vous invite à lire ce livre, quel que soit le milieu dans lequel vous évoluez, et à remettre comme moi en question la manière dont nous avons tendance à marginaliser systématiquement les plus vulnérables de notre société, avec comme seul résultat de les enfoncer encore plus dans leur mal-être.